BOOK

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Home ECRITS Petite biographie sans prétention (2007)

Petite biographie sans prétention (2007)

Les couleurs ont toujours eu sur moi un attrait particulier.
J'aimais le jaune vif, vibrant, lumineux; les couleurs pures, éclatantes.
Mais durant mes dix années de formation à l'huile, les utiliser pures m'était interdit.
Et puis un jour, seule, chez moi, je décidais malgré tout d'essayer en cachette. J'ai pris mes tubes de peinture, mes pinceaux, et réalisais ainsi des paysages colorés représentant des villages provençaux.
Echec total. Une horreur de naïveté.
Je me suis rendue compte que je faisais perdre le côté sacré que j'attribuais à la peinture à l'huile, et que je reléguais cette dernière au rang de simple gouache.
Il faut  savoir qu'à l'époque je refusais de toucher à la gouache et à l'acrylique que je ne cessais de dénigrer. Seule la peinture à l'huile était une peinture digne et sacrée pour moi.

Quelques années plus tard, je rentre dans les Arts Appliqués et commence à me passionner pour l'Histoire de l'Art. Je découvre Mondrian, Kandinsky, Malévitch, les futuristes... Je ne comprends pas encore leurs démarches, mais quelque chose me frappe, m'attire, m'intéresse dans leurs oeuvres.
Certains utilisent leurs couleurs pures, d'autres savent représenter le mouvement; et aucun ne représente le réel tel qu'il est vu.
Et puis cette phrase des futuristes me choque: "une voiture lancée à pleine vitesse est plus belle que la Victoire de Samothrace."
Je me suis demandée furieuse : Comment peuvent-ils se permettre de comparer les deux? La Victoire de Samothrace est une oeuvre sacrée, intemporelle, alors qu'une voiture n'est qu'un objet du quotidien, un objet banal. Pourquoi en ferait-on une oeuvre d'Art?
Et pourtant, très attirée par le domaine de la compétition automobile, la phrase des futuristes me séduisait dans le sens où elle signifiait que je pouvais joindre mes deux passions : La peinture et le sport automobile.
L'envie m'a pris, m'a envahi l'esprit.
Commence ainsi ma série "Un excès de liberté".

Je repensais à Monet, mon peintre préféré à l'époque. Je pense qu'il m'aurait haïe pour ces toiles que je commençais. J'avais du mal à me comprendre moi-même.
Car je rangeais au placard huile, toiles, pinceaux; ne me servant que de gouache, d'encre de Chine, de papier glacé, et de mes mains pour peindre. Si j'avais un pinceau dans la main, c'était pour l'utiliser à l'envers.
Je voulais représenter le mouvement, cette sensation de vitesse que je ressentais dans mon kart et qui m'enivrait... il me semblait qu'elle était impossible à retranscrire avec des pinceaux, et encore moins avec de la peinture à l'huile qui est beaucoup trop longue à sécher.
Je repensais à Pollock, à Klein et ses Anthropomorphies.
Ce dernier prenait petit à petit la place que je réservais à Monet.
Ses couleurs sont pures, elles vous font vibrer, vous transportent... Ses femmes pinceaux sont vivantes. Leurs traces représentent à la fois le peintre et le sujet; les gestes du peintre et le mouvement du sujet.

Inspirée par tous ces peintres que je découvrais, que j'étudiais et admirais, je comprenais enfin cette phrase de Kley: "L'Art ne copie pas le visible, il rend visible."
A partir de ce moment, je refusais toutes copies, que ce soit d'autres peintres, que ce soit de la réalité elle-même. J'estime que la photographie est là pour cela.
Je comprenais également que mon célèbre Monet avait été le précurseur de ces peintres que j'appréciais aujourd'hui. Qu'il ne représentait pas la réalité, mais la réalité que lui voyait.
Je changeais donc de style pictural afin de faire ressentir mes sentiments, ma vision du réel, et tout ce que je ressentais, percevais.
Le temps devenais important dans mes oeuvres. Moins je mettais de temps, plus elles représentais mes sentiments, mes sensations ponctuelles, mon impulsivité, et donc plus elles étaient proches de mon réel.
Avant, pour moi, le temps était synonyme de travail de longue haleine. Maintenant, je comprends que si je ne mets que quelques heures à réaliser mes toiles, je peux y ajouter mes dix années de formation. Car sans elles, je ne serais jamais arrivée à ce que je créais aujourd'hui.

Mes sujets ont ensuite évolué, le kart ne représentait qu'une partie des sentiments que je ressentais.
Je me suis alors de plus en plus tournée vers moi-même. Chose que je dépeignais également au début. Je trouvais cela extrêmement vaniteux de se représenter.

Mais la liste des Artistes que j'étudiais se multipliée. J'en arrivais aux contemporains. J'ai mis du temps à accepter leurs démarches, leurs oeuvres. Aujourd'hui je comprends l'importance de la réflexion dans une oeuvre, et pas seulement de la technique picturale.
J'ai découvert l'Art comme thérapie en étudiant Annette Messager.
Comme tous je me pose des questions, beaucoup de questions quant aux mythologies individuelles.
Alors j'ai commencé "Esprit volé ou envolé ?". C'était ma vision de ce que j'appelais un chaos psychologique. Ce dernier me rendais presque folle à la fin. Il m'a demandé deux ans de recherches, de travail. Si bien que vers la fin je me transposais presque sur le personnage que je créais. Je finissais par sursauter lorsque j'apercevais mon reflet sur un objet, sur une vitre...
Mais ce projet m'a également était très bénéfique. J'ai compris l'importance de transcrire, de faire ressortir tous ses doutes, ses incertitudes, ses maux. Et ce, afin de les éliminer de ma vie.
Je préfère faire ressortir ma joie et ma bonne humeur lorsque je parle aux gens, et retranscrire toute ma tristesse et toues mes incertitudes sur mes toiles, plutôt que de faire l'inverse.

Je peins avant tout pour moi. Mes tableaux ne sont pas fait pour plaire ou pour flatter quelqu'un. C'est seulement une fois qu'ils sont terminés que j'espère qu'ils plairont ou que quelqu'un les comprendra.
C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne souhaite et ne veux plus peindre sur commande.


Aujourd'hui je continue de peindre mes impulsivités, mes sentiments passagers, et poursuis ma réflexion sur le Quidam.